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Les raisonnements inductifs

Les raisonnements inductifs
Les raisonnements inductifs
L’un des objectifs du magicien, outre celui de vous étonner pour vous divertir, est de manipuler votre perception, votre attention et votre mémoire afin d’éteindre votre esprit critique. Et ainsi vous forcer à vous construire une réalité erronée. Pour obtenir de tels résultats, il s’appuie sur la mise en scène bien sûr, mais aussi sur différents aspects psychologiques méconnus du grand public. Il combine ainsi plusieurs principes de façon ouverte ou couverte pour manipuler l’esprit du spectateur. Le magicien est donc un artiste de l’attention et de la conscience.
Tout au long du processus de l’illusion, qui pourrait se définir par un effet obtenu par une méthode, l’illusionniste va prendre soin de cacher cette méthode en séparant cette dernière de l’effet obtenu. Il va devoir mettre en œuvre certaines stratégies d’influence pour éloigner le spectateur de la solution. Car pour qu’une illusion fonctionne, le public doit ignorer la méthode, le « truc ». 
Pour créer un impact certain auprès des gens, le magicien doit travailler sur le contraste entre la situation initiale et la situation finale d’un tour. Il doit amener les autres à se forger une conviction personnelle afin qu’ils en tirent eux-mêmes des conclusions. C’est ce qu’on appelle une inférence causale : si quelqu’un vous donne suffisamment d’arguments pour raccorder une situation ou une information à une autre, vous finissez par les lier toutes les deux. Pour obtenir un rendement maximum, vous devez jouer sur les facteurs additionnels.



Par exemple, si le magicien vous donne un jeu de cartes à mélanger, qu’il vous demande d’en choisir une, de la remettre dans le jeu et de mélanger à nouveau vous obtenez : mélange A + choix libre + remise de la carte libre + mélange B = impossible de situer la carte. La somme des conditions rend impossible dans l’esprit du spectateur le fait de retrouver une carte à jouer.

Dans la vie courante, les raisonnements inductifs, dont font partie les inférences causales, créent des erreurs parfois dramatiques. En 1970, Roland Agret, chroniqueur à Siné Hebdo, a déjà fait un peu de prison pour malversations. A sa sortie, bien que menant une vie rangée, il est accusé de meurtre et condamné à 15 ans de réclusion. Tout l’accuse : il est proche de la victime, son alibi est fragile et, surtout, des témoins affirment l’avoir vu. Il a un passé de petit malfrat : il est le coupable idéal. Roland Agret sera libéré en 1977 par la grâce présidentielle et sera reconnu plus tard innocent : les « témoins » n’avaient en fait rien vu : les jurés ont donc été induits en erreur. Ils ont été manipulés.
Alors que l’induction repose sur des faits constatés, la déduction quant à elle s’appuie sur ce qui a déjà été validé. Les magiciens s’appuient sur les inductions. Ils suggèrent pour amener le spectateur à créer ses propres certitudes. C’est ce que Juan Tamariz, célèbre magicien espagnol, appelle «le chemin magique »11 : l’art et la manière de fermer la porte à toutes les vraies solutions pour suggérer au spectateur de fausses solutions. Plus vous suggérez de preuves, plus vous influencez. Plus les inductions sont fortes, plus elles sont convaincantes
Il existe 6 formes d’inductions :
  • La généralisation que nous avons déjà définie un peu plus tôt. Une corrélation illusoire est une généralisation : si A précède B, alors A provoque B.
  • Le syllogisme statistique : on part d’une généralisation, par exemple : le magicien, quand il agite sa baguette magique, fait apparaître un lapin dans un chapeau. Le syllogisme statistique : tous les magiciens font apparaître leur lapin dans leur chapeau. Ou encore : tous les magiciens utilisent une baguette magique.
  • L’induction simple : c’est l’addition de la généralisation et du syllogisme statistique. Si on reprend notre exemple : le magicien fait apparaître un lapin dans un chapeau en agitant sa baguette magique, d’ailleurs tous les magiciens font apparaître un lapin dans un chapeau. L’induction simple: donc, les chapeaux des magiciens sont magiques.
  • L’argument d’analogie : c’est lorsque vous utilisez des analogies pour en déduire une conclusion. Par exemple : Pascal est habillé comme un magicien, donc c’est un magicien. Ou encore : il utilise une boule de cristal pour lire l’avenir, donc c’est un voyant.
  • Les inférences causales : c’est l’addition d’informations qui, mises bout à bout, nous aident à nous forger une opinion, vraie ou fausse. Les inférences causales sont le résultat de généralisations, syllogismes statistiques, d’inductions simples, d’arguments d’analogie.
  • La prévision : votre cerveau s’appuie sur l’ensemble de vos connaissances pour prévoir. La prévision inductive est basée sur vos croyances : si vous croyez qu’une porte est ouverte, vous prévoyez de pouvoir l’ouvrir. Si elle ne s’ouvre pas, vous êtes en situation de dissonance cognitive: vous devez réajuster l’ensemble en vous disant que, sans doute, quelqu’un l’a fermée sans que vous ne vous en soyez rendu compte.
Le processus de raisonnement inductif commence donc dès la généralisation et se renforce jusqu’à créer des inférences causales : à ce stade, face à une illusion, la conscience du spectateur est mise à rude épreuve, très peu de personnes sont capables de s’échapper de la toile tissée par le magicien. 

Surtout, ce dernier s’appuie sur cette capacité somme toute naturelle qu’a l’être humain de prévoir et d’anticiper, afin d’éviter toute (mauvaise) surprise.
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