La maîtrise de l'attention - Partie 2

Le temps d'avance - Partie 1

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Pourquoi un temps d'avance ? Rappelez-vous : votre cerveau s'adapte en continu et est programmé pour anticiper. Si une personne rempli une bouteille d'eau et projette le contenu de cette bouteille dans votre direction, vous vous attendez à être arrosé. En revanche, si cette même personne a remis le bouchon à votre insu, vous êtes surpris car l'eau que vous attendiez n'arrive pas. Vous n'avez pas perçu le bouchon, vous avez un temps de retard.

Les outils de misdirection sont nombreux : le magicien mêle pour son plus grand plaisir le langage, notamment en utilisant le boniment (plus il parle, plus il divise l'attention), le non verbal, la mise en situation, la confiance en soi, le décor, les accessoires, le regard, la voix, le contraste, le mouvement... 

Dans un premier temps, pour être efficace, l'illusionniste doit capter cette attention. Vous en avez déjà fait l'expérience : lorsque vous tentez de prendre la parole au milieu d'un brouhaha, vous devez recourir à des stimuli  : parler plus fort, taper dans les mains, prendre un verre et faire sonner avec une fourchette... Vous devez ce qu'on appelle l'habituation.
Lorsque les gens s'installent dans une routine, telle qu'une discussion, un programme télévisé, les neurones envoient moins de neurotransmetteurs aux autres neurones : nous réagissons moins. C'est aussi le cas dans un spectacle où il y a un temps mort, où on commence à s'ennuyer. Si vous créez une rupture, vous provoquez une décharge électrique importante au niveau de ces mêmes neurotransmetteurs : ça réveille littéralement l'assemblée.
Dans un film à suspense, par exemple, le rythme peut être volontairement lent afin de préparer une rupture.

A un moment donné, la musique s'emballe, l'image s'accélère, le son s'amplifie.

Le contraste obtenu provoque l'effet désiré, c'est à dire le réveil des téléspectateurs et bien évidemment la surprise.
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Une façon originale de créer une rupture est d'avoir recours à l'incongruité. D'un point de vue scientifique, la présentation d'événements inhabituels déclenche, dans une région du cerveau appelée "amygdale", une augmentation d'activité. On retrouve cette même augmentation dans une seconde région impliquée dans la détection de la nouveauté : la jonction temporo-spatiale. 

L'incongruité attire donc notre attention, nous stupéfie et même nous déstabilise quelques secondes.

Dans tous les cas pour attirer l'attention , vous devez utiliser un ou plusieurs mécanismes pré-attentionnels : vous demandez de faire attention, d'écouter. Puis, pour maintenir cette attention, vous pouvez utiliser un autre phénomène très puissant : l'adaptation neurosensorielle.
Dans les spectacles pour enfants, certains artistes pensent à tort qu'il faut nécessairement les faire participer, les faire crier, leur demander de taper des mains, des pieds, bref de les garder actifs pour conserver leur attention. 

Rien n'est plus faux

Quel que soit votre public, c'est à vous de les guider et d'imposer votre rythme. Dans tous les cas, si malgré le bruit ambiant vous parlez à voix basse, si vous chuchotez même, naturellement les spectateurs s'adapteront et se tairont.
Pourquoi ? Pour deux raisons :
La première, c'est que vous jouerez de cette façon sur le contraste : vous êtes seul face à une assemblée, si on veut vous entendre, il faut baisser d'un ton.
La seconde raison, c'est que cette action suggère que vous avez quelque chose d'important à dire, de confidentiel. Et il est dans la nature humaine de "prêter l'oreille" quand il le faut. Par ailleurs, varier les intonations vous permet de varier votre intervention et de la rendre plus intéressante.
Si vous prenez l'exemple du cinéma, à part les films d'action, la plupart du temps , le réalisateur joue sur la variété, les rebondissements, les sentiments, les émotions. Pour maintenir l'attention, vous devez donc maintenir l'intérêt.

Le vrai pouvoir du magicien est donc d'attirer et maintenir l'attention pour la diriger. Et ne pas seulement la détourner.

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